Pousser dans le béton… ou choisir son champ !
Il y a quelques années, on m’a proposé un exercice simple :
“Visualise ton quotidien.”
L’image qui m’est venue a été immédiate.
Je me voyais comme une petite fleur lumineuse, poussant dans une fissure de béton.
Le sol était dur. Aride. Hostile.
Et pourtant, je tenais.
Je forçais.
Je m’ancrais.
Je luttais pour exister.
À l’époque, j’étais fière de cette image.
Elle parlait de courage. De ténacité. De force.
Aujourd’hui, je la regarde autrement.
Elle raconte aussi l’épuisement.
Longtemps, j’ai fonctionné avec deux moteurs très puissants :
“Sois forte” et “Fais des efforts.”
Ils m’ont construite.
Mais ils m’ont aussi vidée.
Voici ce que j’ai compris.
1/ Les drivers : ces moteurs invisibles qui nous dirigent
En Analyse Transactionnelle, on appelle drivers ces messages intérieurs intériorisés dès l’enfance.
Ils deviennent nos stratégies automatiques sous stress.
Ils nous poussent à agir pour être aimés, reconnus, acceptés.
Les miens étaient particulièrement actifs.
1.2. “Sois forte”
Ce driver pousse à :
- ne pas montrer ses émotions
- ne pas demander d’aide
- tenir, encaisser, gérer seule
Les avantages
- Résilience
- Capacité d’autonomie
- Solidité face aux épreuves
- Leadership naturel dans la difficulté
Les revers
- Isolement
- Difficulté à se connecter à ses besoins
- Hyper-indépendance
- Fatigue émotionnelle silencieuse
On devient celle qui “gère”.
Mais à l’intérieur, on serre les dents.
2.2. “Fais des efforts”
Celui-ci murmure :
- “Si c’est difficile, c’est que c’est valable.”
- “Tu dois mériter.”
- “Continue, même si c’est dur.”
Les avantages
- Persévérance
- Engagement profond
- Capacité à aller au bout
- Sens du travail bien fait
Les revers
- Surinvestissement chronique
- Croyance que la facilité est suspecte
- Difficulté à lâcher
- Épuisement progressif
Ça te parle ?
Ces drivers m’ont permis de pousser dans le béton.
Mais une fleur n’est pas censée lutter contre le béton toute sa vie.
2/ Le courage qui épuise : quand le terrain n’est pas fertile
Pendant longtemps, je pensais que si je me sentais fatiguée, c’est que je n’étais pas assez forte, que je n’étais pas à la hauteur, que je n’avais pas assez de leadership…
En réalité, j’étais en inadéquation environnementale.
Et ça, la science le confirme.
2.1. Le système nerveux ne ment pas
Évoluer dans un environnement non adapté active en permanence le système nerveux sympathique — le mode lutte.
Cela entraîne :
- sécrétion chronique de cortisol
- hypervigilance
- tensions musculaires
- fatigue mentale
- difficulté à récupérer
Ce n’est pas une question de compétence.
C’est une question d’écosystème.
2.2. La théorie du « Person-Environment Fit »
En psychologie organisationnelle, on parle d’adéquation personne-environnement.
Nous fonctionnons mieux quand nos besoins profonds correspondent à notre contexte.
Certaines personnes ont besoin :
- de calme et de profondeur
- de stimulation et d’adrénaline
- de structure claire
- de créativité libre et d’autonomie
- de coopération
- ou même de jeu politique
Il n’y a pas de bon ou mauvais terrain.
Mais tous les terrains ne conviennent pas à toutes les fleurs.
Quand on n’est pas au bon endroit, on fatigue notre système.
2.3. Le mythe du “je vais plus vite seule”
Oui, faire seule peut donner l’illusion d’efficacité.
Je l’ai cru pendant longtemps.
Mais biologiquement, nous sommes des mammifères sociaux.
- La coopération diminue le stress (ocytocine)
- Le soutien social améliore la résilience
- L’isolement augmente la charge cognitive
L’autonomie totale coûte cher énergétiquement.
Tenir seule, c’est possible.
Se déployer seule, c’est épuisant.
3/ Choisir son terrain : le vrai courage
Aujourd’hui, je suis toujours courageuse.
Mais je ne confonds plus courage et endurance permanente (obstinée 😜).
Le vrai courage n’est plus : « Tenir coûte que coûte ».
Il est devenu : « Choisir où je mets mes racines ».
J’ai compris que je pouvais être forte sans être en guerre.
Que je pouvais faire des efforts sans me sacrifier.
Surtout, j’ai compris quelque chose d’essentiel : si un environnement me contracte en permanence, ce n’est pas forcément moi qui ai un problème.
Peut-être que je ne suis pas dans le bon champ.
Connaître ses besoins d’environnement, c’est arrêter de se pathologiser.
C’est retrouver de la liberté.
Et c’est aussi apprendre à demander de l’aide.
Demander de l’aide n’est pas un aveu de faiblesse.
C’est une compétence relationnelle.
C’est reconnaître que nous sommes faits pour coexister.
4/ Fuir ou s’ajuster ? La nuance nécessaire
Quitter un environnement difficile ne signifie pas fuir l’inconfort.
La croissance implique parfois de l’inconfort.
La vraie question est ailleurs.
Voici trois repères qui m’ont aidée :
- Est-ce que je me sens constamment en tension, même quand rien d’urgent ne se passe ?
- Est-ce que mes qualités deviennent des défauts dans cet environnement ?
- Est-ce que je peux être moi-même sans me contracter ?
L’inconfort ponctuel fait grandir.
La contraction permanente épuise.
Apprendre à discerner cela change tout.
Conclusion – Du béton au champ fertile
Aujourd’hui, je travaille à mon compte.
Je choisis mes clients et mes partenaires.
Je fais partie d’un réseau d’entrepreneures bienveillant.
Je cherche aussi un réseau plus proche de mon activité pour stimuler ma créativité et imaginer des collaborations.
Et je suis entourée de personnes profondément soutenantes.
Je ne me vois plus comme une fleur qui lutte dans une fissure.
Je me vois dans un champ fertile.
Entourée d’autres fleurs.
Nourrie par un sol qui me correspond.
Pousser dans le béton prouve que l’on peut survivre.
Choisir un terrain fertile prouve que l’on a compris que l’on mérite de vivre.
Le courage n’a pas disparu.
Il s’est transformé.
Il n’est plus résistance.
Il est choix. 🌱

