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Et si tout n’avait pas besoin d’être difficile ?

Introduction

Et si certaines de nos façons de vivre étaient inscrites en nous comme un tatouage au fer rouge ?
Invisible, mais profondément ancré.

Des réflexes, des automatismes, des évidences qui ne nous semblent même plus questionnables. Comme si c’était “juste comme ça”. Comme si c’était nous.

Pendant longtemps, je n’ai pas remis en question ce driver intérieur qui me poussait à faire, à tenir, à m’accrocher : “fais effort”.

Aujourd’hui, je commence à le voir pour ce qu’il est : un schéma appris, répété, renforcé… mais pas immuable.

Et surtout, je commence à entrevoir une autre possibilité.

 

1. Une histoire tissée avec le dur

Il y a des vies qui apprennent très tôt que “faire effort” est une manière d’exister.

La mienne a longtemps eu cette texture-là.

Mes années en classe préparatoire ont été d’une intensité presque irréelle. 98% de mon temps absorbé par le travail. Pendant que beaucoup de mes amis de lycée avançaient vers des rythmes plus légers, la fac ou des BTS, moi je vivais dans un monde de colles, d’examens, de concours. Avec, en arrière-plan constant, cette peur au ventre de ne pas être à la hauteur, d’échouer, et surement la pire de toutes : décevoir mes parents.

Mon corps, lui, encaissait comme il pouvait. Les insomnies étaient trop nombreuses pour être ignorées. Comme si le repos était un luxe interdit. Je ne faisais plus de sport alors qu’il faisait partie de mon quotidien depuis mes 6 ans. Je me sentais réduite à un cerveau trop plein sans être jamais assez au niveau demandé.

Puis il y a eu les années de travail à Paris. Une autre forme de marathon. Une heure de trajet le matin, une heure le soir. Quinze minutes de marche, le RER, le bus, encore de la marche. Et au milieu de ça : les heures de travail, la pression, le stress, l’impression permanente de devoir tenir.

Même les loisirs de l’enfance n’étaient pas tout à fait des espaces de liberté.

La danse classique, avec une professeure issue de l’Opéra de Paris, qui frappait avec son bâton quand les genoux n’étaient pas assez tendus. Le piano, à travailler tous les jours, chaque semaine, avec des concours qui généraient le même niveau de tension que l’école elle-même.

Comme si chaque espace de vie devait être mérité, évalué, corrigé.

Sans m’en rendre compte, j’ai longtemps vécu dans un monde où la difficulté était devenue familière. Presque normale.

 

2. Le driver “fais effort”

Avec ma thérapeute, nous avons mis des mots sur quelque chose de profondément structurant : le driver “fais efforts”.

Ce n’est pas juste une habitude. C’est une façon d’être au monde et d’habiter sa vie. Une conviction intérieure que la valeur passe par la tension, par la fatigue, par le dépassement.

Une petite voix intérieure qui dit : « il faut en baver pour réussir », « tout se mérite ».

Alors naturellement, je reproduisais ce schéma partout. Même là où ce n’était pas nécessaire.

Récemment encore, une situation très simple est venue le révéler.

Une séance de thérapie à 18h30, puis 25 minutes de retour en vélo (non électrique évidemment !), et une séance de yoga à 20h. Aucun temps de pause. Pas même un espace pour manger. Juste un enchaînement logique, presque automatique, comme si c’était évident de traverser la soirée ainsi.

Mon habitude du dur aurait très bien pu suivre ce rythme sans broncher.

Et pourtant, quelque chose en moi a commencé à bouger.

Ma thérapeute m’a rappelé que je pouvais faire autrement. Que je pouvais prévenir le matin même pour demander une séance en visio, simplement pour rendre ma fin de journée plus douce.

Ce jour-là, je l’ai fait. Pour la troisième fois.
Pas parce qu’il pleuvait. Pas parce que les conditions étaient extrêmes. Mais simplement parce que j’en avais envie.

Et en mettant des mots sur ce qui était en jeu – le dur face au doux – les larmes sont venues.

Pas pour ce que je vivais ce jour-là. Mais parce que je voyais, avec une clarté nouvelle, à quel point j’avais intégré le dur comme norme.

Comme si le dur était légitime.

Et le doux… optionnel.

 

3. Faire autrement, par de petites fissures dans l’habitude

Et pourtant, quelque chose d’autre est déjà là.
Elle ne fait pas de bruit. Elle ne cherche pas la performance. Elle s’invite dans des gestes simples.

Quand je prends le temps de me réveiller sans me brusquer. Un réveil à une heure juste pour moi, un temps pour le corps, un temps de méditation.

Et je me revois, des années plus tôt, m’éjecter du lit comme un ressort. Douche expédiée. Départ précipité vers le RER. Moins de vingt minutes pour “être prête”, presque en apnée. Comme si chaque minute de lenteur était une faute.

Aujourd’hui, il y a aussi ces 30 minutes de marche dans le parc près de chez moi. Juste pour respirer. Pour m’émerveiller face à la beauté de la nature. Pour laisser le corps revenir au monde.

Ce sont de petites choses. Et pourtant elles déplacent quelque chose de profond.
Parce que ce sont ces petites décisions qui viennent fissurer l’ancien schéma.

Ce qui est connu n’est pas une fatalité.
Ce que l’on répète n’est pas forcément ce que l’on est obligé de continuer.

Changer ne signifie pas renier son histoire, ni trahir son éducation ou sa famille.
Cela veut dire reconnaître que l’on peut, aujourd’hui, choisir.

Choisir de s’écouter.
Choisir de se respecter.
Choisir, parfois, la douceur plutôt que l’effort.

Peut-être que le plus grand basculement n’est pas de faire moins.
Mais de se permettre enfin que la vie ne soit pas uniquement une preuve à faire.

 

Conclusion

Et si ce driver “fais effort” était encore là, quelque part en vous ?
Comme un tatouage ancien. Invisible peut-être, mais actif dans mille décisions du quotidien.

Dans votre manière de travailler.
De vous organiser.
De vous reposer… ou de ne pas vous autoriser à le faire.

La question n’est pas de l’effacer du jour au lendemain.
Mais peut-être simplement de commencer à le voir.

À repérer les endroits où il s’exprime encore automatiquement. Et à se demander, avec douceur et honnêteté : est-ce que j’ai envie que ce soit encore ma seule manière de fonctionner ?

Et si la réponse est non… alors il existe déjà un espace.
Un espace, même minuscule, pour faire autrement.

Pas tout révolutionner.
Juste, parfois, choisir un peu plus de doux dans un monde qui nous a appris le dur.

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