La fatigue invisible : celle de vouloir contrôler l’incontrôlable
Il existe des fatigues que l’on identifie facilement : trop de travail, trop peu de sommeil, trop d’obligations.
Et puis il existe une fatigue plus subtile, plus sournoise, presque invisible : celle que l’on ressent lorsque l’on tente de contrôler ce qui ne dépend pas de nous.
Contrôler les autres.
Contrôler leurs réactions, leurs émotions, leurs choix.
Contrôler la vie, ses imprévus, ses virages, ses zones d’ombre.
Contrôler l’avenir, comme si on pouvait le figer pour qu’il nous rassure.
C’est l’une des plus grandes sources d’épuisement intérieur. Parce que non seulement cela demande une énergie colossale, mais surtout… cela ne fonctionne pas.
Le contrôle est une illusion. Une illusion coûteuse.
Cet article est le prolongement d’un chemin que j’ai commencé à explorer il y a quelques années sur comment trouver de la tranquillité dans le mouvement, la devise des moines Shaolins. J’en avais fait un article « Ma quête du Graal : marcher sur les pas de Kung Fu Panda ».
À l’époque, je découvrais comment l’insécurité émotionnelle m’avait amené à serrer la vie fort. Très fort. Trop fort.
Aujourd’hui, j’ai gagné en sécurité intérieure, un immense victoire pour moi, ET je suis toujours en chemin : apprendre encore et toujours à vraiment accueillir ce que la vie présente, plutôt que vouloir la dompter. Parfois j’y arrive, parfois je me prends les pieds dans le tapis.
1. Pourquoi veut-on autant contrôler ?
Contrôler n’est pas un caprice. Ce n’est pas un défaut de caractère.
C’est une stratégie de survie que notre système nerveux met en place lorsqu’il perçoit de l’insécurité.
On contrôle parce qu’on a peur.
Peur que l’autre nous échappe.
Peur que la vie dérape.
Peur que quelque chose nous blesse encore.
On contrôle parce qu’un jour, quelque part, on a eu l’impression que l’extérieur devait être maîtrisé pour apaiser l’intérieur.
En réalité, ce réflexe signifie que notre système nerveux fonctionne en mode vigilance — parfois depuis longtemps. Et quand il est en alerte, il tente naturellement de réduire l’incertitude, en serrant, en maîtrisant, en anticipant.
2. Le coût colossal du contrôle
Vouloir tout contrôler, c’est comme essayer de tenir de l’eau dans ses mains :
on se fatigue… et on échoue.
2.1. Fatigue émotionnelle
Le contrôle maintient une tension permanente. On scrute, on surveille, on anticipe.
On s’inquiète pour ce qui pourrait arriver, ce que l’autre pourrait faire, dire, penser.
Le mental tourne, encore et encore.
L’anxiété devient un état « normal » qui nous épuise insidieusement un peu plus chaque jour.
2.2. Fatigue relationnelle
Plus on contrôle, plus l’autre se sent contraint.
Et plus il résiste, se ferme, fuit, ou se rebelle.
Ce qui nous pousse… à contrôler encore davantage.
Un cercle vicieux.
2.3. Fatigue physique
Le stress chronique active sans arrêt le système nerveux.
C’est un mode de survie qui épuise lentement mais sûrement :
mauvaises nuits, tensions musculaires, digestion perturbée, irritabilité.
Le contrôle n’apporte jamais la sécurité que l’on recherche.
Il ne produit qu’épuisement, frustration et insatisfaction.
3. La grande illusion : on ne contrôle pas vraiment
Nous passons une partie de notre vie à tenter de faire tenir la réalité dans la forme que nous désirons.
Mais la vie n’a pas été conçue pour rester immobile et elle est bien plus imaginative que nous.
3.1. Nous ne contrôlons pas les autres
Ils sont libres.
Ils pensent, ressentent, choisissent, évoluent.
Vouloir les contrôler revient à nier leur mouvement naturel et les priver de leur responsabilité.
3.2. Nous ne contrôlons pas la vie
Les imprévus ne sont pas des erreurs du système.
Ils sont le système.
Comme le disaient si bien les Rolling Stones, “Sometimes you get what you want, sometimes you get what you need” (parfois tu as ce que tu veux, parfois tu as ce don’t tu as besoin).
3.3. Nous ne contrôlons pas nos émotions
Elles émergent, comme des vagues.
On peut choisir de les réprimer, les contenir, les critiquer… ou on peut choisir d’écouter ce qu’elles ont à nous dire et prendre soin de nos besoins.
Essayer de tout maîtriser revient finalement à refuser le mouvement du vivant.
4. Ce que nous pouvons réellement maîtriser : un espace intérieur de liberté
Il existe une zone qui nous appartient vraiment : notre posture intérieure.
4.1. Accueillir ce qui arrive
Non pas subir, mais reconnaître.
Accepter que les choses soient comme elles sont, ici et maintenant.
Sans résistance inutile.
Même si sur le moment on ne comprend pas le sens.
4.2. Nous parler avec douceur
Quitter la pression, la critique, l’hyper-exigence.
Se traiter comme on traiterait un enfant inquiet.
Avec bienveillance et honnêteté.
4.3. Développer la confiance en notre capacité à faire face
Lâcher le contrôle ne signifie pas renoncer à l’action.
C’est cesser de vouloir tout anticiper avant.
Pour faire confiance à notre capacité d’y répondre pendant.
Et c’est là que le système nerveux respire.
Il retrouve de l’espace.
Il cesse d’être en hypervigilance.
Et la fatigue… diminue, parfois spectaculairement.
5. Apprendre à accueillir : un chemin quotidien
L’accueil n’est pas un état qu’on atteint une fois pour toutes.
C’est un mouvement.
Un choix répété.
5.1. Laisser la vie bouger autour et en soi
S’autoriser à être traversé.
Ne plus se cramponner à ce qui devrait être.
Danser avec ce qui est.
5.2. Faire confiance à la traversée
Se rappeler que si l’on est là aujourd’hui c’est qu’on a toujours traversé.
Parfois cabossé, mais vivant.
Debout.
Présent.
Et même qu’on a appris.
5.3. S’ajuster plutôt que maîtriser
Comme un danseur qui suit le rythme plutôt que forcer le mouvement.
Ce n’est pas de la résignation.
C’est une forme de sagesse active.
6. Lien avec ma quête du Graal
Dans mon article il y a quelques années, je parlais de marcher dans les pas de Kung Fu Panda,
de lâcher la quête impossible de devenir quelqu’un d’autre,
de découvrir la magie du « juste être ».
Aujourd’hui, je poursuis ce chemin :
non plus en cherchant la sécurité intérieure à travers le contrôle,
mais en découvrant la sécurité intérieure dans la confiance.
La confiance dans la vie.
La confiance dans mon propre élan.
La confiance dans ma capacité à me relever, encore et encore.
Il y a des jours où c’est facile et il y a des jours où je retombe dans la piège du contrôle, où je sens mon coeur s’emballer, ma tête fumer à s’imaginer des scénarii catastrophe ou à espérer que les choses se passent exactement comme je veux.
Conclusion – Lâcher le contrôle : se rendre à la vie, pas s’y soumettre
Renoncer à contrôler ce qui ne dépend pas de nous n’est pas un renoncement.
C’est une libération.
On cesse de lutter contre les vagues.
On apprend à surfer avec elles.
Moins d’effort.
Moins de tension.
Moins d’angoisse.
Et, dans cet espace retrouvé, une énergie neuve apparaît :
celle qui naît lorsque l’on accepte enfin que la vie n’est pas un problème à résoudre…
mais un mouvement à accompagner.
Je te laisse avec la citation de Marc Aurèle qui me guide chaque jour : « Que la force me soit donnée de supporter ce qui ne peut être changé et le courage de changer ce qui peut l’être mais aussi la sagesse de distinguer l’un de l’autre. »
Et si tu souhaites me partager comment tu lâches le contrôle, je serai ravie de te lire en commentaire de mon post Instagram/Facebook ou ici charlotte@peutetremoi.fr



